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Vendredi 31 mai 2013 5 31 /05 /Mai /2013 12:56

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Le Jozi que j’aime n’est pas celui des gratte-ciels qui s’alignent les uns après les autres ni celui des quartiers huppés ou de Santon, le quartier chic de Johannesburg qui attire tant de monde. Ce n’est pas non plus celui d’immenses embouteillages qui semblent ne jamais finir du matin au soir. Ce Jozi-là, je le trouve froid, déshumanisé, trop occidentalisé.

 


 

 

 

 

Le Jozi que j’aime est celui des parcs où jouent les enfants. Les entendre rire innocemment et en sécurité tout en étant assis sur un banc, lisant les quotidiens ˮ The Star ˮ ou  ˮ The Times ˮ où il est tant question de criminalité visant surtout ces mêmes enfants est un privilège que je me prive pas de goûter.

 


Sous les yeux de leurs parents, pour une fois, ils gambadent à l’abri des malfaiteurs. Ici, l’hypothèse d’un enlèvement ou d’un crime odieux est très réduite ou simplement nul. Ici, leurs parents n’ont pas le ventre noué par le stress de voir leur progéniture tomber entre les mains des criminels. Ensemble, les parents et leurs enfants savourent ces moments particuliers, sans penser à autre chose…

 


Dans ces parcs présents dans chaque quartier, de Pretoria à Cape Town en passant par Durban jusqu’à Bloemfontein, s’y côtoient plusieurs nationalités, ce qui laisse à penser que vous êtes dans une véritable arche de Noé : des Erythréens, Ethiopiens, Zimbabwéens, Gabonais, Congolais des deux rives du fleuve ou sud-africains eux-mêmes ! Quoi de plus rafraichissant que cet air qui vous fouette le visage dans une ville où le stress est à chaque coin.

 


On l’a compris, mon Jozi a moi est verdoyant comme la pelouse de ces magnifiques parcs. Ce n’est pas celui de concrete jungle, ces immenses quartiers en ciment….  C’est celui ou je peux marcher sur la route, de Yeoville au centre-ville en passant par Berea et Hillbrow, sans danger, comme si je me rendais de Matete au Grand marche a Kinshasa.

 



[i] Jozi: appellation familière de la métropole sud-africaine Johannesburg, ainsi que l’appellent les sud-africains eux-mêmes.

Par Emmanuel Ngeleka Ilunga - Publié dans : Reportage - Communauté : blogueur africains
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Lundi 13 mai 2013 1 13 /05 /Mai /2013 12:56

 

 

 

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Après presque un an d’inactivité, avec ce post, ˮ YowaBlog ˮ effectue sa rentrée sur la blogosphère. Cette longue ˮ disparition ˮ, quelles qu’en furent les raisons, ne nous a pas été moins bénéfique. Ce fut notamment un moment de s’arrêter et de s’interroger sur le parcours déjà effectué et envisager l’avenir sous des nouveaux auspices. Et que de leçons apprises !

 

 

Avec à l’époque une moyenne d’environ 40 visiteurs par jour, il nous revient d’abord de remercier ces internautes qui se sont arrêtés ici pour une raison ou une autre, que  ce soit de propos délibéré ou … par erreur ! Sans fausse modestie, c’était une réelle surprise car à aucun moment nous ne pensions nullement drainer autant de monde un jour !

 

 

Mais de vous ne sont pas venues que de félicitations à propos de nos articles qui ˮ tranchaient par leur ton modéré ˮ et étaient ˮ le fruit de recherche ˮ et ˮ tout sauf du copier/coller ˮ, aux dires de certains internautes. D’autres par contre nous ont reproché de ne ˮ pas être aussi neutre et objectif ˮ que nous le clamions dans le tout premier article de  ce blog, ou que nous étions ˮ très réservé et timoré ˮ dans le traitement des informations publiées.

 

 

Des changements.

 

 

Aux uns et aux autres, grand merci pour cet intérêt, source de motivation supplémentaire pour nous. Des changements s’imposaient donc. Désormais, notre démarche dans la conception et traitement des articles publiés s’apparentera à celle  d’un chercheur en sciences sociales plutôt que d’un journaliste. Comprendre les faits qui se présentent et les analyser en tant que tels, sans penser détenir le monopole de vérité, voilà notre leitmotiv. A force de piocher sur un sujet d’étude, il est possible de trouver une des pistes qui amènent à la compréhension des évènements.

 

 

Par ailleurs, selon nos convictions, ce blog n’est pas (ou ne sera plus) politique. Mais nous chercherons avant tout à comprendre et à décrire notre sujet d’analyse, sans parti pris. Nous ne nous intéresserons pas seulement aux évènements qui forcent l’attention du grand public mais aussi à propos de ceux qui sont ignorés mais pourtant considérés par nous comme importants.

 

 

De nouvelles rubriques ont été conçues : Les mille et un métiers des Congolais, La RD Congo dans la presse internationale, l’interview, migration, en vidéo, par exemple. Par moment, des posts seront rédigés en d’autres langues. Quant à la périodicité, en moyenne un article sera posté chaque semaine. Ces modifications ont-elles bouleversé complètement ce blog ?

 

 

Même passion d’écrire, même rigueur d’analyse

 

 

Si des changements étaient nécessaires, nous avons cependant conservé la même passion d’écrire, autant que notre rigueur d’analyse. Autant que dans le passé nous ne publierons ni des rumeurs ni des sujets justes pour forcer votre attention, à l’instar d’un tabloïd. Comme auparavant, notre sujet d’étude est celui-ci : des faits sociaux qui impliquent nos compatriotes, qu’ils vivent là-bas au pays ou dans la diaspora.

 

 

Nous pensons que sans trop chambouler ce blog, en nous limitant à un lifting si indispensable, nous pouvons emprunter l’expression de Paul Verlaine et affirmer que dorénavant, ˮ YowaBlog ˮ ne sera ni tout à fait le même, ni tout à fait un autre. Il ne vous restera qu’à nous juger sur pièce !

 

 

Par Emmanuel Ngeleka Ilunga - Communauté : blogueur africains
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Vendredi 22 juin 2012 5 22 /06 /Juin /2012 17:14

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Le classement 2012 des 100 meilleures universités africaines est paru. Pour les habitués, il n y a pas eu, cette fois-ci non plus, de "bonne" surprise. Et pour cause : comme l’an passé et l’année d’avant, nulle mention des universités congolaises. D’ailleurs, à vrai dire, je ne me rappelle plus la dernière fois que je les y ai vues ces dix dernières années… N’allez pas croire que seuls les extra-terrestres y figurent car la plupart d’universités de nos voisins sont au rendez-vous : le Rwanda, l’Ouganda, la  Tanzanie, le Kenya et tant d’autres.


 

Plutôt que de s’asseoir et de chercher à savoir qui portera le chapeau de pareille responsabilité, ne serait-il pas convenable de faire face au défi et de se poser des bonnes questions, ou plutôt d’envisager les conséquences de cette cruelle situation, même si les faits sont têtus. Il y va de la crédibilité des élites formées dans ces universités-là ! Que valent nos universités ? Quelle institution étrangère saurait accorder du crédit à un diplôme universitaire "made in DRC" ? Faudrait-il encore attendre longtemps avant de voir une reforme de l’enseignement (primaire, secondaire, supérieur et universitaire) appliquée ?


 

 Nous aurions tort de penser que cela ne concerne que ceux qui fréquentent ces institutions d’enseignement supérieur aujourd’hui. Pour en imaginer la gravité, imaginez cette scène. Supposez que vous soyez avec des amis étrangers devant le classement et que subitement l’un d’eux vous dise : " quel est encore le nom de l’université dans laquelle vous aviez étudié ? " Que feriez-vous ? Que nous soyons au pays ou à l’étranger, nous sommes impliques dans cette baisse flagrante du niveau de l’enseignement. Vous trouverez le classement à ces adresses :  www.webmetrics.info et www.4icu.org

 

Par Emmanuel Ngeleka Ilunga - Publié dans : Culture, Congo, Afrique - Communauté : blogueur africains
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Dimanche 15 avril 2012 7 15 /04 /Avr /2012 12:07

 

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Il est des silences qui font parler. Que cet ancien proche du Marechal Mobutu soit devenu aphone depuis la disparition de son mentor alors qu’il se trouve dans la fleur de l’âge et respire la santé est pour le moins inquiétant. Cet effacement de VTP est-il du au fait qu’il n’était au fond qu’un  de ces nombreux " politiciens d’ordonnance " qui peuplent le paysage politique congolais, ceux dont l’ascension et nombreux privilèges ne proviennent qu’à des décrets-lois ou parachutage politique plutôt qu’à un mandat électif ? A moins que cette "disparition" ne soit imputable à la personnalité haute en couleur de ce professeur d’université peu ordinaire : un esprit pointu mais un brin mégalomane !

 

Qu’il fut un politicien pas comme les autres, VTP l’a démontré à maintes reprises en défrayant la chronique. C’est à lui que l’on doit des fracassantes déclarations telles " Au Zaïre [Congo] la seule chose qui marche, c’est la sécurité ! ", ce qui lui valut un long passage à vide  et, peu avant le début de la Conférence Nationale Souveraine (CNS), en 1991-1992 , il y alla par son "  On va éventrer le boa ", repris par beaucoup, depuis. Mais c’est lui qui fut accusé par Nsinga Odjwu de " s’être battu contre Nzuzi wa Mbombo " à la suite d’un différend ! Nommé ministre de l’intérieur, il se fit tailler une canne pareille à celle du maréchal qu’il brandissait (comme l’ex Président-Fondateur) pour prendre le bain des foules ! D’ailleurs, un incident survenu une trentaine d’années plus tôt sur les Cités universitaires de Lubumbashi en dit plus long encore sur l’homme.

 

Tirer leçon de l’histoire.Même si l’Histoire n’est pas un éternel recommencement, il est des faits passés dont nous gagnerions à tirer profit. L’un de ceux-ci n’est autre qu’éviter de prendre d’importantes décisions sous le coup de l’émotion, qu’elle s’exprime sous forme de joie extrême ou de furie. Puisqu’elle est par essence éphémère et troublante, ce n’est qu’après coup, lorsqu’elle s’est estompée que nous revenons à la raison. Le plus souvent pour constater que le mal était déjà fait.

 

La Bible relate (Mathieu 14:1-12) un événement ayant lieu au Ier Siècle de notre ère impliquant Hérode, un homme politique de l’époque, lors de son anniversaire de naissance. Celui-ci, fortement enchante que la fille d’Hérodiade (femme de son frère Philippe qu’il prit pourtant pour femme, ce qui lui valut les reproches de Jean le baptiseur qui fut mis en taule pour ce crime de lèse majesté) ait réjoui ses convives par ses pas de danse, fit le serment de lui " donner tout ce qu’elle demanderait ". La jeune fille, après avoir consulté sa mère (laquelle gardait une dent contre Jean), lui dit de " donner sur un plat la tête de Jean le baptiseur ". Pris au dépourvu et à contre cœur, il fit exécuter le serviteur de Dieu rien que pour tenir sa promesse !  

 

Plus prés de nous, c’est feu Laurent Désiré Kabila qui en fit l’amère expérience. Fortement ému par " la vigilance et le patriotisme " des habitants des communes de Kingasani et Ndjili, lesquels contribuèrent en partie à l’échec de la prise de Kinshasa par les rebelles de RCD en août 1998, le chef de l’Etat leur promit l’exemption des frais d’eau et d’électricité en signe de reconnaissance. Mais seulement voilà : ses conseillers lui ayant expliqué les conséquences dramatiques d’une telle mesure sur les entreprises concernées (Rigides et Snel), la promesse présidentielle resta lettre morte… Mais quelle relation cela a-t-il avec VTP ?

 

Les adieux aux Kassapards. Ce jour d’octobre 1983-1984 s’annonce comme une belle journée ensoleillée. L’amphithéâtre de la Faculté de Polytechnique est archicomble et en effervescence. Les autorités académiques et politiques et militaires de la province sont sur leur trente-et-un. Et pour cause : il s’agit des adieux à l’ancien Vice-recteur VTP nommé récemment Vice-Premier ministre et ministre de l’intérieur!   Qu’une personnalité issue de l’institution d’enseignement locale soit nommé à une si haute responsabilité apparait à beaucoup comme une reconnaissance du savoir-faire local par les autorités nationales. Nombreux sont ceux qui espèrent que la désormais deuxième personnalité du gouvernement devienne leur "fidele interprète" dans la capitale ou il œuvrera désormais. Chacun y va de son " félicitations monsieur le ministre ! " au digne représentant du Campus de Lubumbashi. L’hôte du jour pour sa part jubile et n’arrête pas de sourire devant cet enthousiasme général.          

 

Soudain les yeux de M. Vunduawe s’arrêtent sur un homme âgé, court et très effacé, assis dans l’auditoire, face à lui. Il s’agit du professeur Mwabila de la Faculté de Sociologie. L’illustre visiteur ne peut se retenir tant il est au courant d’une nouvelle qui ne manquerait pas de le réjouir. Il l’interpelle alors et s’adressant à lui, il déclare, non sans une fausse modestie : " Monsieur le professeur, récemment j’ai été dans un certain bureau à Kinshasa où j’ai aperçu un décret-loi vous nommant DG de l’Institut supérieur des Etudes Sociales (ISES) de la place dans un signataire ". Tonnerre d’applaudissements dans la salle. Alors l’intéressé se leva et dans la pure tradition japonaise s’inclina devant VTP, reconnaissant. Soudain, il devient apparent que tout le monde est conquis par la baraka du tout nouveau ministre de  l’intérieur. "N’est il pas de la tribu Ngbandi, comme le maréchal?" supputent les étudiants. D’autres s’imaginent promus à leur tour. Ceux qui avaient de bonnes relations avec lui s’attendent, eux, à un retour d’ascenseur, au nom du principe contenu dans la célèbre chanson de Jacques Brassens " les amis d’abord ".

 

Quelques jours plus tard, le professeur Mwabila, sans se faire prier, prit ses quartiers à l’ISES. Mais … l’ordonnance précitée ne fut jamais signée ! Aux dires de certains, les membres de l’ANR présents dans la salle informèrent qui de droit et VTP, lequel n’avait pas que d’amis en haut lieu, appris à ses dépends qu’il " ne faut jamais vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué ". Quant au Professeur, bien sûr qu’il retourna à l’Université, toute honte bue…

Par Emmanuel Ngeleka Ilunga - Publié dans : Souvenirs, Congo - Communauté : blogueur africains
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Jeudi 5 avril 2012 4 05 /04 /Avr /2012 13:19

 

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Lorsqu’une communauté d’hommes partage des années de vie sur un territoire donné, on peut s’attendre à ce que naisse parmi ses membres la conscience d’appartenir à une histoire commune, mais aussi des habitudes et reflexes spécifiques. De même, ils se reconnaitront autour des mêmes valeurs. Or c’est depuis 1885 à la Conférence de Berlin qui créa l’Etat Indépendant du Congo (EIC), propriété du roi des Belges Léopold II, que nous, Congolais, vivons sur un même espace géographique, sommes régis par les mêmes lois et soumis aux mêmes autorités politiques. Cet itinéraire commun ne peut que nous " formater " d’une manière particulière suite à l’interaction de nos liens, l’influence des uns sur les autres ou simplement à cause de la durée de ce parcours. Ainsi, au-delà de nos différences perceptibles par exemple entre cet habitant de Likasi (Katanga) et celui de Boma (Bas-Congo), ou entre un Nande d’un Otetela, qu’y a-t-il de commun ou de particulier au Congolais? Existe-t-il une spécificité congolaise? Ebauche de réponse.

 

Le Congolais est-il fâché avec les livres? En général, il est rare de trouver des livres au domicile du Congolais moyen. Bien sûr, cela ne signifie pas que les bibliothèques ne figurent pas parmi nos mobiliers ; c’est que lorsqu’elles sont disponibles, elles contiennent plutôt la vaisselle que les livres! Motif invoqué pour justifier cet apparent manque d’attrait pour la lecture: " Les livres coutent cher! " ou " Dans les conditions de survie quotidienne qui nous caractérisent, il faut bien se faire des priorités  et les livres n’en font pas partie! " A nous entendre, précarité ne rime pas avec culture…

 

Faudrait-il croire à la sincérité de ces assertions? Si oui, que dirions-nous du Congolais de l’étranger qui ne vit pas dans les " conditions de survie " ambiantes au pays? Est-il courant de trouver des livres au domicile du Congolais de l’étranger ou de le voir fréquenter les bibliothèques publiques des pays où il vit, lesquels dont l’inscription est gratuite pour la plupart? Il est clair que l’on ne peut généraliser la situation car les étudiants, les professeurs d’université et autres compatriotes actifs sur la blogosphère lisent et se cultivent. Il n’empêche, au regard de l’attitude générale face au livre, avouons qu’ils constituent une minorité.

 

D’ailleurs, un indicateur révélateur de l’ampleur du drame n’est rien d’autre que cette tendance du Congolais de citer des extraits de chansons locales pour appuyer ses arguments plutôt que de se référer à un célèbre auteur comme cela se fait sous d’autres cieux. D’où ces expressions souvent entendues chez nos compatriotes : " Simaro Lutumba ayembaki boye " [ "Lumumba Simaro avait chanté ceci" ] ou " Franco alobaki  " [ "Franco avait dit ceci" ] . Il est possible que l’on retrouve une certaine sagesse dans certaines de nos chansons, mais quel crédit devrait on accorder aux saltimbanques qui écrivent des textes de chansons avant tout pour divertir leur audience, contrairement au sérieux des auteurs de livres?

 

Le Congolais, francophone ou lingalaphone? Notre pays a beau être qualifié de " francophone " et " le premier " d’entre eux en termes du nombre d’usagers de la langue, personne n’est dupe car la réalité est à mille lieux de ces affirmations. Nous avons pratiqué la langue de Molière voilà des décennies et les institutions d’enseignement supérieurs délivrent des centaines de diplômes par an, cependant, le Français reste un luxe chez-nous à cause de plusieurs facteurs : baisse de l’enseignement, manque d’attrait pour la lecture, absence d’encouragement à la pratique de la langue, etc. Dès lors, quoique décrétée "langue officielle" et par conséquent langue de l’Administration publique, c’est la "langue de l’armée" [le lingala] qui a fini par prendre le dessus au point de devenir le point de ralliement de nos compatriotes du pays comme de l’étranger. A Cape Town par exemple, les Congolais s’identifient eux-mêmes par l’expression " Bato ya mangala " ["ceux qui s’expriment en lingala"] et ce, qu’ils proviennent du Kivu ( où le Swahili est la langue courante ) ou le Kasaï ( où l’on parle Tshiluba).


A l’arrivée de l’AFDL cependant, il s’est remarqué une nouvelle tendance : on délaissait de plus en plus le Lingala pour le Swahili, langue des "nouveaux maitres", mais celle-ci s’est révélée plutôt éphémère. L’une des raisons expliquant cette marche en arrière réside sans doute dans le fait que nos "libérateurs" semblaient vouloir imposer "leur" langue d’autorité. Ce fut une erreur car la IIème République ne nous avait pas force a utiliser le Lingala : la musique congolaise est essentiellement chantée en Lingala et le congolais l’aime bien. Ensuite les militaires, d’où qu’ils viennent, s’expriment en lingala. Enfin l’ex Président-Fondateur du MPR était un tribun et le congolais moyen prenait plaisir à l’entendre s’exprimer. Avec le temps, le congolais a fini par intérioriser le lingala et l’a accepté, malgré ses insuffisances. Cela, les AFDListes l’oubliaient, d’où le rejet du Swahili qui reste en RDC une langue secondaire…


Le Congolais, un hédoniste? Que le Congolais est fêtard, cela est perceptible dans la panoplie de fêtes que nous observons régulièrement : naissance, mariage, deuils, 40ème jour, anniversaires, baptême, collation des grades académiques, etc. La présence de si nombreux bistrots dans nos cités et quartiers  et le fait que les brasseries "Bralima" et "Unibra" figurent parmi les entreprises les plus prospères en sont d’autres raisons. A écouter la radio et télévisions une constance crève les yeux : la musique y est diffusée en boucle, de jour comme de nuit.


Avec le temps, l’hédonisme a fini par nous caractériser. Les modèles pour nos jeunes ne sont plus des personnalités morales d’envergure ni des sommités intellectuelles mais des vils artistes-musiciens. Ces mêmes jeunes qui consacrent des heures à débattre à propos de ces artistes-musiciens : à propos de la dernière marque de voiture de la Werasson, la prochaine tournée de JB Piana ou des démêlées judiciaires de Koffi Olomide. Dans nos bidonvilles autant que sur nos cités universitaires, c’est pareil.


S’il est vrai que chaque peuple du monde se divertit, il n’est pas moins vrai que c’est notre propension à passer de longues heures à palabrer ou ne rien faire (quelle qu’en soit la raison, le chômage ou autre chose) qui est alarmante. A ce sujet, feu le président Marien Ngouabi du Congo voisin enjoignait ses compatriotes qu’il jugeait "fainéants" à traverser le fleuve Congo et venir chez-nous où le slogan mobutiste " Heureux le peuple qui chante et qui danse " était de mise. A voir ce qui se passe, nous n’avons pas vraiment changé depuis…


Sommes-nous jamais gênés par le bruit? Kinshasa demeure la destination favorite des candidats à l’exode rural en RDC. Cette ville-dortoir de 7 millions d’habitants se réveille et se couche dans le bruit. Si ce ne sont pas les débits de boissons qui déversent de décibels de musique aux alentours dans une cacophonie indescriptible ou des moulins à farine qui tournent à plein rendement le jour, ce sont des veillées de prière  d’où émanent chants et bruits de tamtams qui trouvent le sommeil des populations, les  privant de toute quiétude.


C’est dans ces conditions que naissent et grandissent nos enfants, accompagnés par cette nuisance sans que les autorités, lesquelles vivent souvent dans les quartiers huppés dépourvus de pollution sonore,  s’en émeuvent. Les autres villes du pays ne sont pas mieux loties et la population fait avec malgré elle. De même, cela est notoire : le Congolais, qu’il soit dans un taxi, dans un bus ou au téléphone, seul ou entoure d’étrangers, se signale par une autre caractéristique, le bruit ! Et ce, que ce soit a Lubumbashi, Kisangani ou Pretoria. Pareillement lorsque nous taillons bavette : c’est a haute voix que nous le faisons. Le savons-nous? ( A suivre ).

 

  

Par Emmanuel Ngeleka Ilunga - Publié dans : Congo, Geopolitique - Communauté : blogueur africains
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